Pendant tout le mois d’août, l’information a circulé sans jamais être confirmée : un parc Dragon Ball s’installerait quelque part dans le Val-d’Oise, sur la friche d’un parc mort depuis trente-cinq ans. Le lundi 24 août 2026, en fin d’après-midi, l’Élysée a mis fin au conditionnel.
La France et l’Arabie saoudite ont signé un protocole d’accord portant sur la création de parcs à thème à Cergy-Pontoise. L’un d’eux sera consacré à Dragon Ball. Le projet est porté par Qiddiya Investment Company, avec un investissement saoudien annoncé de 6 milliards d’euros et 22 000 emplois.
Reste à savoir ce que recouvre exactement cette annonce. Car entre le message publié par Emmanuel Macron sur X et le texte diplomatique publié le lendemain, la formulation n’est déjà plus tout à fait la même — et le détail est loin d’être anodin.
Voici, point par point, ce qui est confirmé, ce qui est rapporté, et ce qui reste inconnu.
Ce qui a été signé le 24 août 2026
Le document paraphé à Paris, en marge de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, est un protocole d’accord. Pas un permis de construire, pas un contrat d’exploitation : une déclaration d’intention entre États, assortie d’un porteur de projet et d’un montant.
Ce porteur, c’est Qiddiya Investment Company, société du Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain saoudien. Elle développe déjà près de Riyad la ville de loisirs Qiddiya City, où elle exploite notamment Six Flags Qiddiya City et le parc aquatique Aquarabia. C’est son premier projet de cette ampleur en Europe.
Sur X, Emmanuel Macron a annoncé que trois parcs à thème allaient voir le jour à Cergy-Pontoise, pour 6 milliards d’euros d’investissements et 22 000 emplois créés, qualifiant l’opération de sans précédent depuis Disneyland Paris et la rattachant au programme d’attractivité Choose France.
« Trois parcs » ou « jusqu’à trois » ?
C’est ici que la lecture demande un peu d’attention.
La déclaration commune franco-saoudienne, publiée le 25 août, ne reprend pas la formulation présidentielle. Elle salue l’ambition de Qiddiya de développer à Cergy-Pontoise une destination « multi-parcs » à usage mixte, réunissant divertissement, loisirs, hôtellerie, culture et sport. Les ambitions actuelles y sont décrites comme comprenant jusqu’à trois grands pôles de divertissement, des hôtels et des expériences de loisirs complémentaires, pour environ 6 milliards d’euros sur l’ensemble du cycle de développement.
« Trois parcs vont voir le jour » d’un côté, « jusqu’à trois grands pôles » de l’autre. La différence tient en deux mots, mais elle sépare un engagement d’une ambition. Le texte bilatéral, lui, se garde de trancher.
Et les 22 000 emplois ?
La communication de l’Élysée évoque simplement 22 000 emplois créés. L’AFP précise, en citant la présidence française, qu’il s’agirait d’environ 22 000 emplois directs. La nuance vaut d’être conservée : le communiqué officiel, lui, ne qualifie pas ces emplois.
Un parc Dragon Ball annoncé — une licence dont les modalités restent inconnues
Le parc Dragon Ball est bien officiellement annoncé par les autorités françaises. Le Département du Val-d’Oise indique noir sur blanc qu’un parc à thème Dragon Ball va voir le jour à Cergy-Pontoise. Et dès le 24 août, avant même la signature, Valérie Pécresse confirmait sur TF1 que la région Île-de-France travaillait depuis dix-huit mois sur ce projet de parc consacré à l’œuvre d’Akira Toriyama, évoquant un dossier « de l’ampleur de Disney ».
Une réserve subsiste néanmoins, et elle est d’ordre contractuel : ni Qiddiya ni Toei Animation n’ont rendu public d’accord de licence spécifique au projet français, ni détaillé les conditions d’exploitation de la franchise sur le sol européen.
Autrement dit : l’annonce politique est actée, le cadre juridique de la licence n’a pas été communiqué. C’est une étape à surveiller dans les prochaines semaines, et probablement la prochaine information réellement structurante du dossier.
Où sera construit le parc Dragon Ball ?
La localisation officiellement annoncée est Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris.
Plusieurs sources concordantes désignent une emprise plus précise : l’ancien site de Mirapolis, à Courdimanche, dans l’agglomération de Cergy-Pontoise. L’AFP, la presse nationale et la presse spécialisée l’identifient comme le terrain retenu.
Le lieu a une charge symbolique évidente pour qui connaît l’histoire des parcs français. Ouvert en 1987, deux ans avant le Parc Astérix et cinq ans avant Disneyland Paris, Mirapolis devait devenir le grand parc à thème national. Il a fermé en 1991 après cinq saisons d’exploitation seulement, laissant derrière lui la statue géante de Gargantua et une friche restée largement inoccupée depuis. C’est aujourd’hui l’une des rares emprises disponibles de cette taille en Île-de-France, à proximité de Cergy-le-Haut, terminus du RER A — étant entendu que la desserte précise du futur complexe reste à définir.
La communication officielle, elle, reste plus large : elle mentionne Cergy-Pontoise sans détailler l’emprise foncière du projet.
Côté superficie, plusieurs médias évoquent une emprise d’environ 200 hectares. Ce chiffre n’apparaît pas dans la déclaration commune franco-saoudienne, et les surfaces avancées varient sensiblement d’un média à l’autre.
Les 6 milliards d’euros ne concernent pas le seul parc Dragon Ball
C’est le chiffre qui a fait le tour des réseaux sociaux, et celui qui mérite le plus de précision.
Les 6 milliards d’euros correspondent à l’ensemble de la destination : les pôles de divertissement, mais aussi les hôtels et les expériences de loisirs complémentaires — le tout étalé sur la totalité du cycle de développement.
Il ne s’agit donc pas d’un budget affecté au parc Dragon Ball. Et à ce jour, aucune répartition de l’enveloppe entre les différents parcs n’a été communiquée.
Quelle date d’ouverture ?
Aucune date d’ouverture n’a été annoncée.
Pas de calendrier de travaux, pas de date de début de chantier, pas d’année d’inauguration. Les parcs doivent être construits et ouverts successivement, et le rythme dépendra des autorisations d’urbanisme, des accès routiers et du renforcement de la desserte en transports — un point sur lequel plusieurs élus locaux ont déjà alerté, l’accessibilité ayant compté parmi les faiblesses de Mirapolis.
Un ordre de grandeur utile, à défaut de calendrier : un peu plus de cinq ans se sont écoulés entre la signature de la convention Euro Disney, le 24 mars 1987, et l’ouverture du parc, le 12 avril 1992. Toute date d’ouverture qui circulerait sans source officielle dans les prochains mois est donc à prendre avec prudence.
Quelles attractions dans le parc français ?
Aucune. Pas encore.
Aucun plan, aucun roller coaster, aucune zone thématique et aucun concept art spécifique au projet de Cergy-Pontoise n’ont été dévoilés à ce stade.
La seule référence disponible reste le parc que Qiddiya développe déjà en Arabie saoudite. Annoncé en 2024 à Qiddiya City, près de Riyad, celui-ci doit s’étendre sur plus de 500 000 m² et comprendre :
- sept zones inspirées des sept Dragon Balls ;
- plus de 30 attractions ;
- Kame House, la Capsule Corporation et la planète de Beerus ;
- plusieurs hôtels et restaurants ;
- une structure géante de Shenron d’environ 70 mètres de haut, abritant un grand huit.
Qiddiya développe ce projet en partenariat avec Toei Animation.
Attention aux images qui circulent
C’est un point important pour lire correctement l’actualité des prochains jours : les visuels qui accompagnent l’annonce française représentent presque tous le parc saoudien.
Le Shenron géant, Kame House, les zones thématiques colorées : ces images correspondent au projet de Qiddiya City annoncé en 2024, pas à Cergy-Pontoise.
Il est évidemment plausible que l’expérience acquise en Arabie saoudite serve au développement français. Mais aucune attraction commune aux deux parcs n’a été confirmée, et rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le parc français ressemblera à son homologue saoudien.
Pourquoi Qiddiya investit-elle en France ?
L’histoire, telle que l’Élysée la raconte, commence par une conversation.
En décembre 2024, à Riyad, lors d’un déplacement d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite, le président français et Mohammed ben Salmane découvrent un intérêt commun pour les mangas — et notamment pour Dragon Ball Z. La discussion se transforme en dossier économique au fil des mois suivants, jusqu’à la signature du 24 août.
Au-delà de l’anecdote, le choix n’a rien de hasardeux. La France est le deuxième marché mondial du manga derrière le Japon, et Qiddiya est déjà l’opérateur du seul grand parc entièrement consacré à la franchise, en partenariat avec Toei Animation.
Le projet s’inscrit enfin dans un rapprochement bilatéral plus large : la visite du 24 août a donné lieu à la signature de plusieurs accords couvrant la défense, la santé, l’intelligence artificielle et le divertissement.
Et les autres parcs ?
C’est la grande inconnue.
Le programme prévoit jusqu’à trois grands pôles de divertissement, mais seul le premier a une thématique arrêtée. Les univers des autres n’ont pas été annoncés et seront déterminés ultérieurement par Qiddiya.
Rien ne dit, à ce stade, qu’ils seront eux aussi consacrés à des licences japonaises.
Ce que l’on ignore encore
À la date du 26 août 2026, la liste des inconnues reste plus longue que celle des certitudes :
- les modalités de l’accord de licence Dragon Ball pour la France ;
- le nombre définitif de parcs et la répartition des 6 milliards d’euros ;
- l’emprise foncière définitive et la superficie du projet ;
- la date de début des travaux et la date d’ouverture ;
- la liste des attractions et les zones thématiques ;
- le prix des billets ;
- le nombre et le type d’hôtels ;
- la fréquentation annuelle visée ;
- les thèmes des autres parcs ;
- le montage capitalistique et l’identité du futur exploitant.
